
Nourri de culture classique, Jacques Goyens tente d’énoncer la redoutable question qui affleure la plupart des hommes : « Comment nouer le fil rouge de la relation ? »(…)

Les « tableaux » et les « mises en situation » proposés par l’auteur ouvrent la voie. Sans anticiper sur la portée de ces nouvelles, brèves par définition, saluons chez Goyens une honnêteté intellectuelle et une faculté d’analyse de bon aloi. C’est bien au moraliste désenchanté que nous devons une galerie de portraits significatifs, attachants et sensibles, autant de récits habilement troussés qui laissent la porte grande ouverte à toutes les incursions étrangères. « L’homme qui aimait les femmes » est tout pareil au lecteur de Charles Baudelaire : « mon semblable, mon frère »…

L’homme que nous nous efforçons d’être, est agité par un impérieux besoin d’aimer et d’être ailé. Sensible, comme dans
DELPHINE, à la qualité d’une relation
« riche de tonalités affectives », l’amant, le chasseur, le « désirant » jeté, comme dans
CHARLOTTE,
« entre rêve et réalité », victime des guerres antérieures dont la compagne exhibe les stigmates, l’homme pris au collet de l’amour dans
DANIELLE, jeté au feu des passions contradictoires et destructrices :
« Non seulement il y tombe, mais il y va d’un coeur joyeux, innocent comme l’agneau que l’on mène au sacrifice. » Ainsi nos vies traversées par ces
« héroïnes diaboliques imaginées par Barbey d’Aurevilly. »

Dans
l’insondable énigme, la nouvelle qui prête son titre à l’ensemble, Goyens évoque le caractère répétitif des situations affectives.(…) Dans la foulée du très académique La Bruyère, Jacques Goyens tire la leçon (terrible et si souvent frustrante…) d’une rencontre avortée dans sa construction même, ou secrètement inventée par la femme qui, comme dans
ERYNNIE, se venge de très obscures frustrations !

L’écriture est fine, juste, fidèle à une retenue naturelle. On sent que l’auteur nous ferait volontiers visiter d’autres galeries, d’autres temps, d’autres mémoires, mais le thème récurrent de l’
énigme file doucement sa laine, nous visite et quelquefois nous absorbe.
Michel Joiret