Ce livre de Jacques Goyens, paru aux éditions Comédia, fait référence à un lieu-dit, non loin d’Avignon : « C’est là que la Sorgue s’élargit et se divise en deux bras qui s’élancent chacun vers leur destin. (…) L’endroit est empreint d’une sombre beauté. Il y règne une fraîcheur propice à la méditation. » Ce qui intéresse l’auteur, à travers cette métaphore du fleuve se dédoublant, c’est de montrer comment les relations entre personnes se font et se défont, suivant des flux souvent incontrôlables, des attentes et des refus imprévisibles, des ouvertures secrètes attirant ou repoussant les êtres les uns vers les autres. Une pétulante journaliste, Sophie, rencontre Julien, jeune archéologue plutôt réservé, qui lui-même s’approche de Delphine, laquelle demeure distante, tandis que Sophie retrouve un ami de jeunesse, Marcel, enferré dans une relation ambiguë avec Danielle, comédienne brillante et narcissique. Les nœuds se forment, se délacent ou se resserrent. Mais on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…
De son univers classique, le professeur de lettres et d’histoire a gardé le goût des tragédies antiques, des dénouements abrupts. Le récit, quant à lui, se déroule en douceur, dans l’observation des mœurs et la mise à jour des pensées intimes, qui motivent le comportement des personnages. L’écriture au présent permet de suivre, comme sous l’œil d’une caméra, chacun d’eux dans ses avancées et retranchements, ruses ou abandons. C’est une fresque moderne que Jacques Goyens s’est plu à peindre, en croquant des portraits et des situations « d’aujourd’hui », pour révéler, sous le vernis des apparences, l’inapaisement des cœurs.
Marie-Clotilde Roose
Le Mensuel littéraire et poétique, n°344 – octobre 2006
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