{"id":111,"date":"2014-10-16T12:50:28","date_gmt":"2014-10-16T10:50:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/?page_id=111"},"modified":"2014-10-16T16:56:50","modified_gmt":"2014-10-16T14:56:50","slug":"le-partage-des-eaux-extraits","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/le-partage-des-eaux\/le-partage-des-eaux-extraits\/","title":{"rendered":"Le partage des eaux<br># Extraits"},"content":{"rendered":"<h6>Chapitre premier<\/h6>\n<p>En cette fin de matin\u00e9e du treize f\u00e9vrier, le temps \u00e9tait si radieux que les promeneurs, parisiens ou \u00e9trangers, pouvaient sans peine s&rsquo;imaginer qu&rsquo;ils \u00e9voluaient dans le monde de la fiction. Les tenanciers de brasseries avaient d\u00e9j\u00e0 sorti leur mobilier de terrasse et s&rsquo;activaient \u00e0 servir salades, croque-monsieur, sandwiches, petits blancs et autres boissons rafra\u00eechissantes. Paris affichait un air de printemps et, en d\u00e9pit d&rsquo;une circulation intense, annonciatrice d&rsquo;un taux \u00e9lev\u00e9 de pollution, il faisait bon fl\u00e2ner sur le Boulevard Saint-Germain ou dans le d\u00e9dale des petites rues qui l&rsquo;enserrent.<\/p>\n<p>Empruntant la rue Bonaparte, Sophie se dirigea d&rsquo;un pas tranquille mais assur\u00e9 vers la Place Saint-Sulpice. De temps \u00e0 autre elle s&rsquo;arr\u00eatait devant une vitrine d&rsquo;antiquaire ou une boutique de mode, sans intention pr\u00e9cise, pour le simple plaisir de regarder de belles choses. Un instant elle crut que ses pas la conduisaient \u00e0 son domicile, un petit appartement situ\u00e9 au quatri\u00e8me \u00e9tage, \u00e0 l&rsquo;angle de la rue Palatine et de la rue Servandoni; mais, au moment d&rsquo;entamer la travers\u00e9e de la Place Saint-Sulpice, elle se ravisa et obliqua \u00e0 gauche vers une taverne pour y d\u00e9jeuner. C&rsquo;\u00e9tait un trait de son caract\u00e8re que d&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 ses impulsions et, bien que son entourage la juge\u00e2t assez organis\u00e9e, elle aimait aussi s&rsquo;abandonner \u00e0 l&rsquo;inspiration du moment, souvent riche de perspectives prometteuses. Plut\u00f4t que d&rsquo;aller m&rsquo;enfermer dans mon deux-pi\u00e8ces, se dit-elle, profitons de la douceur du temps et savourons le simple bonheur d&rsquo;\u00eatre en vie au milieu de tous ces inconnus. Elle choisit une table situ\u00e9e en terrasse, contre la fa\u00e7ade de l&rsquo;\u00e9tablissement: ainsi un merveilleux champ d&rsquo;observation s&rsquo;offrait \u00e0 ses regards.<\/p>\n<table>\n<tr bgcolor=\"#9c9\">\n<td>\n<h6>Chapitre 3<\/h6>\n<p>Julien d\u00e9posa le combin\u00e9. Maintenant qu&rsquo;il avait entendu sa voix, non plus \u00e0 travers un t\u00e9l\u00e9viseur, mais par le biais d&rsquo;une ligne t\u00e9l\u00e9phonique, ses r\u00e9flexions prirent un cours diff\u00e9rent. Cette voix \u00e9tait empreinte d&rsquo;une autre coloration. Certes, il n&rsquo;aurait pu la confondre avec celle de n&rsquo;importe quelle journaliste de t\u00e9l\u00e9vision. Il l&rsquo;avait identifi\u00e9e sans h\u00e9sitation, d\u00e8s qu&rsquo;elle eut prononc\u00e9 la phrase rituelle: \u00ab\u00a0Suis-je bien chez&#8230;?\u00a0\u00bb En particulier, la voyelle p\u00e9nulti\u00e8me de son nom, prononc\u00e9e avec un timbre sonore et chantant, lui parut pleine de charme, de douceur et de sympathie, et cela en d\u00e9pit du rythme un peu h\u00e9sitant de la question. Une \u00e9tape venait d&rsquo;\u00eatre franchie. Ce n&rsquo;\u00e9tait plus la voix de Sophie Aubier, journaliste, s&rsquo;adressant \u00e0 des milliers de t\u00e9l\u00e9spectateurs anonymes, mais le chant inimitable d&rsquo;un \u00eatre qui, au-del\u00e0 de la banalit\u00e9 des propos \u00e9chang\u00e9s, venait de lui fixer un rendez-vous. Sans doute s&rsquo;agissait-il d&rsquo;un rendez-vous de travail. Julien d\u00fbt bien en convenir. Exalt\u00e9 dans son activit\u00e9 professionnelle, il l&rsquo;\u00e9tait aussi dans ses sentiments. Il en \u00e9tait conscient et toutes les tentatives qu&rsquo;il avait op\u00e9r\u00e9es pour garder les pieds sur terre \u00e9taient jusque l\u00e0 demeur\u00e9es vaines. Son imagination toujours aux aguets le transportait ais\u00e9ment du domaine de la r\u00e9alit\u00e9 aux fronti\u00e8res d&rsquo;un monde de r\u00eave qu&rsquo;il tentait vainement de s&rsquo;approprier.<\/p>\n<p>Il en avait fait maintes fois la douloureuse exp\u00e9rience. Trois mois auparavant, il s&rsquo;\u00e9tait \u00e9pris d&rsquo;une coll\u00e8gue, jeune et brillante arch\u00e9ologue de nationalit\u00e9 italienne, rencontr\u00e9e au cours d&rsquo;un voyage en Sicile. Il avait \u00e9t\u00e9 tout de suite fascin\u00e9 par la vivacit\u00e9 de son regard \u2014 elle avait les yeux verts \u2014 , l&rsquo;agilit\u00e9 de ses mains qui accompagnaient chacun de ses propos et peut-\u00eatre aussi par le mouvement syncop\u00e9 propre \u00e0 la langue italienne qui donne l&rsquo;impression que tout ce qui se dit doit \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 comme une partition. Il lui avait fallu un certain temps pour se r\u00e9soudre \u00e0 lui faire comprendre qu&rsquo;elle lui plaisait. Elle se montra tout d&rsquo;abord flatt\u00e9e, accepta une invitation \u00e0 d\u00eener au cours de laquelle elle parla abondamment de ses origines et de sa famille. Julien buvait ses paroles et ne r\u00e9pondait que lorsqu&rsquo;il en avait l&rsquo;occasion. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la fin du repas qu&rsquo;elle s&rsquo;informa de sa situation. Julien, conscient d&rsquo;avoir fait pi\u00e8tre figure, tenta de se rattraper. Mais, soit par fatigue, soit par ennui, elle ne l&rsquo;\u00e9couta que d&rsquo;une oreille distraite. Huit jours plus tard, \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une r\u00e9ception au Consulat de France, il lui proposa de la ramener chez elle. Elle accepta et lui offrit un verre. S&rsquo;imaginant qu&rsquo;elle \u00e9tait favorablement dispos\u00e9e \u00e0 son \u00e9gard, Julien s&rsquo;enhardit, lui prit la main et l&#8217;embrassa. La jeune fille devint muette et pensive. Elle ne le repoussa pas, mais opposa toutefois une attitude r\u00e9serv\u00e9e aux \u00e9lans de Julien. Enfin, quand il lui d\u00e9clara qu&rsquo;il l&rsquo;aimait et qu&rsquo;il souhaitait la revoir, tant elle occupait son esprit depuis qu&rsquo;il avait d\u00e9barqu\u00e9 en Sicile, elle lui r\u00e9pondit, apr\u00e8s une h\u00e9sitation, qu&rsquo;elle \u00e9tait fianc\u00e9e et qu&rsquo;elle devait se marier prochainement \u00e0 Bologne.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h6>Chapitre 4<\/h6>\n<p>Sophie se replongea dans la lecture du programme: <i>\u00ab\u00a0Voyons&#8230;l&rsquo;action se passe \u00e0 Vienne en 1900. Sous la baguette d&rsquo;un meneur de jeu, une prostitu\u00e9e rencontre un soldat qui croise ensuite une femme de chambre, laquelle \u00e0 son tour conna\u00eet une br\u00e8ve idylle avec un jeune homme. Le jeu \u00e0 la fois grave et l\u00e9ger se poursuit avec une femme mari\u00e9e, son mari, une grisette, un po\u00e8te, une com\u00e9dienne et un comte qui rejoint la prostitu\u00e9e du d\u00e9but.<\/i> Voil\u00e0 bien une \u00e9trange v\u00e9rit\u00e9, se dit-elle: nous sommes les jouets du destin. Il suffit d&rsquo;un petit \u00e9v\u00e9nement anodin au regard du monde pour que nous soyons embarqu\u00e9s dans une aventure qui bouleversera notre \u00eatre tout entier et nous laissera pantois, \u00e9tourdi ou d\u00e9chir\u00e9 pour des ann\u00e9es, voire pour le reste de notre vie. Si Pyrrhus n&rsquo;avait pu ramener Andromaque captive \u00e0 l&rsquo;issue de la guerre de Troie, \u2014 les guerres sont tellement al\u00e9atoires \u2014 il aurait v\u00e9cu le grand amour avec Hermione qui n&rsquo;\u00e9tait pas mal non plus et celle-ci n&rsquo;aurait eu aucune raison de le faire assassiner par Oreste, qui \u00e0 son tour n&rsquo;aurait eu aucune raison de sombrer dans la folie. Donc, pas de trag\u00e9die, conclut-elle, pensive. Mais voyons ce film qui semble moins dramatique. Sophie s&rsquo;enfon\u00e7a dans les coussins souples du canap\u00e9, allongea les jambes sur la table du salon et, oubliant ses soucis, se laissa envahir par cette histoire aux apparences l\u00e9g\u00e8res, version humoristique de la trag\u00e9die antique qui, croyait-elle, ne la concernait pas.<\/p>\n<table>\n<tr bgcolor=\"#9c9\">\n<td>\n<h6>Chapitre 8<\/h6>\n<p>Trois jours plus tard, Julien se pr\u00e9senta donc au domicile de Delphine, le c\u0153ur battant et un modeste bouquet de jonquilles \u00e0 la main. Le souvenir qu&rsquo;il garda de cette soir\u00e9e fut un \u00e9blouissement. Il la ramena chez elle. A peine eut-il d\u00e9pos\u00e9 son manteau qu&rsquo;elle lui proposa un rafra\u00eechissement. Il refusa, ne sachant trop pourquoi, car, en r\u00e9alit\u00e9, il avait la gorge s\u00e8che. Mais c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;un autre breuvage qu&rsquo;il aurait aim\u00e9 se d\u00e9salt\u00e9rer. Elle prit place dans un fauteuil en face de lui, dans une attitude empreinte d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, qui mettait en valeur une paire de superbes bottes blanches. Il ne savait par o\u00f9 entamer la conversation, quand son chat mit fin providentiellement \u00e0 son embarras en venant se frotter \u00e0 ses jambes. Il lui demanda si elle aimait les chats. Elle r\u00e9pondit que oui et tout de suite apr\u00e8s encha\u00eena: Et vous? Julien nota cette mani\u00e8re qu&rsquo;elle avait de ne pas approfondir ses r\u00e9ponses et de renvoyer la question \u00e0 son interlocuteur. Il en conclut abusivement qu&rsquo;elle s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 lui. Ils parl\u00e8rent de leur pass\u00e9. Sa m\u00e8re \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9e et son p\u00e8re habitait une ville de l&rsquo;Est, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re allemande. Elle travaillait comme employ\u00e9e dans une administration. Elle \u00e9tait peu sportive et souffrait d&rsquo;hypertension. Elle se montra vivement int\u00e9ress\u00e9e lorsque Julien lui apprit qu&rsquo;il \u00e9tait arch\u00e9ologue.<\/p>\n<p>Pendant le concert, il avait \u00e9prouv\u00e9 de subtiles correspondances entre la musique et l&rsquo;\u00e9motion qu&rsquo;il ressentait \u00e0 passer cette soir\u00e9e en  compagnie d&rsquo;une femme jolie, au visage bien dessin\u00e9, v\u00eatue avec \u00e9l\u00e9gance et qui lui paraissait en tous points l&rsquo;incarnation du bonheur. H\u00e9las! Il ne pouvait pas soup\u00e7onner \u00e0 quel point elle \u00e9tait \u00e9motive, impulsive, d\u00e9\u00e7ue par la vie et par l&rsquo;amour. Pendant que la pianiste distillait dans l&rsquo;esprit de Julien des cascades de notes comme une illustration sonore de la joie qui habite tout \u00eatre sur le point de devenir amoureux, c&rsquo;\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un cruel malentendu qui \u00e9tait en train de se nouer. Il pensait: <i>Quel bonheur ce serait d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 d&rsquo;une telle femme et de partager sa vie!<\/i> Or, pendant ce temps, elle ne pensait \u00e0 rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00e0 passer une agr\u00e9able soir\u00e9e pour oublier ses d\u00e9ceptions. Apr\u00e8s les applaudissements d&rsquo;usage, elle avait accept\u00e9 de prendre un verre dans une brasserie. Ils avaient parl\u00e9 de l&rsquo;Italie, du soleil et de Vivaldi, de la Provence, des chats et des bottes. Julien avait not\u00e9 soigneusement dans son esprit tous les points de convergence, s&rsquo;enfermant progressivement dans son illusion.<\/p>\n<p>Ils parl\u00e8rent aussi d&rsquo;amour, des rapports entre les hommes et les femmes. Elle se d\u00e9clara m\u00e9fiante concernant la vie \u00e0 deux, r\u00e9aliste, refusant de se jeter sur le premier venu. Mais, victime d&rsquo;une surdit\u00e9 persistante, Julien n&rsquo;entendit pas ces propos et s&rsquo;accrocha \u00e0 tous les signes bienfaisants dont son c\u0153ur et ses sens \u00e9taient enivr\u00e9s. Lorsque la porte se fut referm\u00e9e, il garda le souvenir du chaste baiser qu&rsquo;elle avait d\u00e9pos\u00e9 sur sa joue de ses l\u00e8vres d\u00e9licatement ourl\u00e9es. Son parfum aussi resta grav\u00e9 dans sa m\u00e9moire.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h6>Chapitre 10<\/h6>\n<p>La chambre \u00e9tait plong\u00e9e dans de profondes t\u00e9n\u00e8bres, sans lesquelles la vie des songes ne pouvait s&rsquo;\u00e9panouir en toute libert\u00e9. Danielle a \u00e9prouv\u00e9 quelques difficult\u00e9s \u00e0 s&rsquo;endormir, tandis que Marcel s&rsquo;est abandonn\u00e9 avec d\u00e9lice aux bras de Morph\u00e9e. Les exp\u00e9riences v\u00e9cues dans un pass\u00e9 r\u00e9cent ou lointain ont imprim\u00e9 dans ces deux \u00eatres leur trace ind\u00e9l\u00e9bile et elles continueront \u00e0 se manifester pendant la nuit. C&rsquo;est toute une vie parall\u00e8le qui se d\u00e9ploie et sur laquelle la volont\u00e9 n&rsquo;exerce aucun contr\u00f4le. Un faisceau lumineux balaya le champ c\u00e9r\u00e9bral de Marcel qui entreprit un voyage dans l&rsquo;espace et dans le temps, en toute innocence, comme s&rsquo;il n&rsquo;habitait plus son corps et que tout devenait possible. Les traces de ce pass\u00e9-pr\u00e9sent \u00e9taient tant\u00f4t confuses, tant\u00f4t \u00e9videntes. Marcel marchait, ou plut\u00f4t progressait, car la sensation n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment physique, mais virtuelle et d\u00e9tach\u00e9e de tout lien mat\u00e9riel. Il progressait donc dans une ville \u2014 appelons la ainsi \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;un terme plus ad\u00e9quat \u2014 une ville avec ce qui ressemblait \u00e0 des rues et des maisons de part et d&rsquo;autre. Il ne savait pas o\u00f9 il allait et pourtant son allure \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e comme si une force tranquille et s\u00fbre guidait ses pas. Soudain un champ s&rsquo;ouvrit \u00e0 lui. Mais ce pourrait \u00eatre aussi bien une plaine, une for\u00eat ou un lac. Une multitude de formes humaines occupaient cet espace. Marcel crut reconna\u00eetre des corps f\u00e9minins, mais il ne pourrait soutenir que c&rsquo;\u00e9taient effectivement des femmes, car leurs attributs n&rsquo;\u00e9taient pas \u00e9vidents. Il s&rsquo;avan\u00e7a vers elles, enfin&#8230; vers ces \u00eatres indistincts, et il \u00e9prouva une sensation de bonheur, sans \u00e9quivalent dans la vie \u00e9veill\u00e9e. Il \u00e9tait sur le point de se fondre dans ce paysage et dans ces formes qui l&rsquo;animaient, quand brusquement une secousse agita son corps. Il se r\u00e9veilla. Danielle \u00e9tait contre lui, elle tremblait et pleurait.<\/p>\n<p>    \u2014 Je viens de faire un cauchemar, dit-elle.<br \/>\n    \u2014 &#8230;<br \/>\n    \u2014 J&rsquo;\u00e9tais dans la nuit la plus noire. Les cris des hiboux et des chouettes se r\u00e9pondaient. Mon sang \u00e9tait glac\u00e9. J&rsquo;\u00e9tais seule au milieu d&rsquo;un espace o\u00f9 rien ne m&rsquo;\u00e9tait familier. J&rsquo;avais peur et je ne savais pourquoi. Quelqu&rsquo;un me suivait et je ne le voyais pas. J&rsquo;appelais au secours, mais il n&rsquo;y avait personne. Ah oui, je me rappelle maintenant, c&rsquo;\u00e9tait lui.<br \/>\n    \u2014 Que veux-tu dire?<br \/>\n    \u2014 Tu ne peux pas comprendre. Cela s&rsquo;est pass\u00e9 il y a bien longtemps. Il m&rsquo;a prise \u00e0 la gorge et m&rsquo;a menac\u00e9e. Je voulais crier mais aucun son ne sortait de ma bouche. J&rsquo;essayais de lui faire l\u00e2cher prise, mais il me tordit le bras et me poussa dans l&rsquo;encoignure d&rsquo;une porte. C&rsquo;est alors que j&rsquo;ai aper\u00e7u son visage, \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;un r\u00e9verb\u00e8re. Une balafre barrait sa joue droite et des poils sortaient de son nez. Il plaqua sa bouche immonde sur mes l\u00e8vres en me serrant \u00e0 la taille. Comme je tentais d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 son \u00e9treinte, il d\u00e9chira ma blouse et arracha ma jupe. Puis il se jeta sur moi avec toute la force d&rsquo;une b\u00eate sauvage qui s&#8217;empare d&rsquo;une proie. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas pour me d\u00e9vorer; non, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;une autre nourriture qu&rsquo;il voulait se rassasier. Je sentis mes forces m&rsquo;abandonner. Il me poss\u00e9da, d&rsquo;une possession br\u00e8ve et fr\u00e9n\u00e9tique, comme celle d&rsquo;un animal, la cruaut\u00e9 en plus, puis me laissa pantelante. Jamais je n&rsquo;oublierai ce visage qui depuis hante mes nuits.<\/p>\n<table>\n<tr bgcolor=\"#9c9\">\n<td>\n<h6>Chapitre 14<\/h6>\n<p>La litt\u00e9rature s&rsquo;est souvent int\u00e9ress\u00e9e au personnage du s\u00e9ducteur. Kierkegaard lui a consacr\u00e9 un journal. Cependant elle s&rsquo;est beaucoup moins int\u00e9ress\u00e9e aux s\u00e9ductrices. En fait, la s\u00e9duction est universelle. Elle est souvent entach\u00e9e d&rsquo;une connotation d&rsquo;immoralit\u00e9. \u00ab\u00a0S\u00e9duite et abandonn\u00e9e,\u00a0\u00bb quand ce n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0viol\u00e9e et assassin\u00e9e,\u00a0\u00bb tel est le clich\u00e9 v\u00e9hicul\u00e9 par les m\u00e9dias et qui se r\u00e9alise trop souvent, il est vrai. Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette s\u00e9duction pathologique, il existe une s\u00e9duction de bon aloi qui vise \u00e0 susciter une relation amoureuse profonde et vraie. Au del\u00e0 du cynisme d&rsquo;un Don Juan, \u2014 \u00ab\u00a0Je m&rsquo;en suis d\u00e9barrass\u00e9, c&rsquo;est parfois p\u00e9nible d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9\u00a0\u00bb \u2014 il y a les cohortes innombrables de ceux qui aspirent \u00e0 un amour sinc\u00e8re. Pour y parvenir, la s\u00e9duction a un r\u00f4le \u00e0 jouer.<\/p>\n<p>Dans cet art, il faut bien reconna\u00eetre que les femmes sont ma\u00eetres, ou plut\u00f4t ma\u00eetresses. L\u00e0 o\u00f9 les hommes s&rsquo;y prennent souvent de fa\u00e7on maladroite ou \u00e0 contretemps, les femmes savent d&rsquo;instinct attendre le moment favorable et adopter le ton juste pour ferrer leur proie. Elles savent aussi proc\u00e9der par petites touches successives qui souvent d\u00e9sar\u00e7onnent celui qui est l&rsquo;objet de leurs attentions. Elles progressent, mais peuvent aussi op\u00e9rer un repli strat\u00e9gique, quand les circonstances l&rsquo;exigent. \u00ab\u00a0Moi, mais je ne vous ai rien promis, diront-elles.\u00a0\u00bb C&rsquo;est reculer pour mieux sauter. Au moment o\u00f9 vous vous croyez oubli\u00e9, abandonn\u00e9, inexistant \u00e0 leurs yeux, elles parach\u00e8vent leur conqu\u00eate. Dans cet art, l&rsquo;homme restera toujours un \u00e9ternel apprenti. Mais les femmes ont aussi leurs faiblesses. Elles peuvent \u00eatre victimes de leur propre jeu. Si le poisson r\u00e9siste, c&rsquo;est la catastrophe. Bref, la parade amoureuse comporte des incertitudes et des dangers.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h6>Chapitre 15<\/h6>\n<p>Les jours pass\u00e8rent. Il n&rsquo;y avait toujours pas de r\u00e9ponse de Delphine, quand, un matin, alors qu&rsquo;il venait de finir sa toilette, la sonnerie du t\u00e9l\u00e9phone retentit. C&rsquo;\u00e9tait Delphine qui annon\u00e7ait son arriv\u00e9e pour le vendredi soir. Le timbre de sa voix le bouleversa. C&rsquo;\u00e9tait un jeudi. Il ne lui restait que deux jours \u00e0 peine pour se pr\u00e9parer \u00e0 la recevoir.<\/p>\n<p>    \u2014 Voulez-vous que je vous r\u00e9serve une chambre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel?<br \/>\n    \u2014 C&rsquo;est fait, r\u00e9pondit-elle.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;osa pas lui demander combien de jours elle resterait sur la c\u00f4te. Peur de l&rsquo;importuner ou peur d&rsquo;\u00eatre d\u00e9\u00e7u par une r\u00e9ponse qui ne le satisferait pas? Les deux, sans doute. Il ne savait comment interpr\u00e9ter cette d\u00e9cision subite de venir le rejoindre, alors qu&rsquo;il attendait sa r\u00e9ponse depuis des jours, voire des semaines. Il ne savait plus au juste, tant cette attente lui avait paru interminable. Et voil\u00e0 qu&rsquo;au moment o\u00f9 il n&rsquo;esp\u00e9rait plus, elle \u00e9tait presque l\u00e0, derri\u00e8re sa porte, affichant une expression pleine de myst\u00e8re. Sa compr\u00e9hension de la femme s&rsquo;en trouva une fois de plus remise en question. <i>XX, la femme poss\u00e8de pourtant une structure chromosomique moins complexe que celle de l&rsquo;homme. Alors, pourquoi avons-nous tant de mal \u00e0 la comprendre? Sommes-nous aussi une \u00e9nigme pour elle? Probablement. Aussi l&rsquo;union r\u00e9ussie de ces deux \u00eatres diff\u00e9rents est-elle chaque fois un miracle. On sait maintenant que la formation de l&rsquo;identit\u00e9 masculine ob\u00e9it \u00e0 un processus difficile. XY, il doit quitter la femme pour devenir homme, alors que la femme est naturellement femme. Ce chromosome X qui leur est commun est-il le fil t\u00e9nu mais solide qui les pousse inlassablement l&rsquo;un vers l&rsquo;autre?<\/i><\/p>\n<p>Julien r\u00e9alisa qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait plus temps de philosopher. Son appartement \u00e9tait en d\u00e9sordre et la poussi\u00e8re s&rsquo;accumulait sur les \u00e9tag\u00e8res. Son frigo \u00e9tait presque vide. Il lui fallait aussi organiser quelques excursions, visites et sorties. Il se sentait pris au d\u00e9pourvu, alors qu&rsquo;il avait eu tout loisir d&rsquo;y penser depuis plusieurs semaines. N\u00e9gligeant son travail, il se consacra donc \u00e0 ces diverses t\u00e2ches.<\/p>\n<table>\n<tr bgcolor=\"#9c9\">\n<td>\n<h6>Chapitre 16<\/h6>\n<p>Le dimanche qui pr\u00e9c\u00e9da la derni\u00e8re semaine du festival, Danielle insista aupr\u00e8s de Marcel pour aller d\u00e9jeuner au lieu-dit \u00ab\u00a0Le Partage des eaux\u00a0\u00bb. C&rsquo;est l\u00e0 que la Sorgue s&rsquo;\u00e9largit et se divise en deux bras qui s&rsquo;\u00e9lancent chacun vers leur destin. L&rsquo;un traverse la ville et l&rsquo;autre serpente dans la campagne environnante. L&rsquo;endroit est empreint d&rsquo;une sombre beaut\u00e9. Il r\u00e8gne une fra\u00eecheur propice \u00e0 la m\u00e9ditation. Danielle s&rsquo;avan\u00e7a en direction de la terrasse du Pescador et, sans consulter Marcel, choisit une table d&rsquo;o\u00f9 elle pourrait jouir d&rsquo;une vue d&rsquo;ensemble sur le site. Contrairement \u00e0 son habitude, elle se montra tr\u00e8s taciturne. Elle ne chercha pas \u00e0 enqu\u00eater sur les activit\u00e9s de son ami, petit sport dans lequel elle excellait. Elle s&rsquo;informa avec une certaine bienveillance de ce qu&rsquo;il avait fait la veille, mais sans le harceler de questions.<\/p>\n<p>    \u2014 Je suis contente que tu aies invit\u00e9 des copains pour te distraire un peu.<br \/>\n    Ce propos surprit Marcel. Il se dit qu&rsquo;elle retrouvait une gentillesse qui lui avait fait d\u00e9faut jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent.<br \/>\n    \u2014 Elle est bien, ta copine. C&rsquo;est \u00e9trange qu&rsquo;une telle femme, jolie et pleine de qualit\u00e9s, soit seule.<br \/>\n   Marcel, craignant un pi\u00e8ge pour le faire parler, resta prudent dans ses r\u00e9ponses.<br \/>\n    \u2014 Quand on a subi un \u00e9chec, dit-il, on devient m\u00e9fiant et exigeant.<br \/>\n    \u2014 Oui, la vie est difficile et les relations amoureuses sont compliqu\u00e9es. Trop souvent on voit les autres non pas tels qu&rsquo;ils sont, mais tels qu&rsquo;on voudrait qu&rsquo;ils fussent. Finalement l&rsquo;amour n&rsquo;est-il pas la plus grande illusion qui soit? Mais cette illusion m\u00e8ne le monde. Elle fait r\u00eaver ceux qui la vivent et ceux qui en sont les t\u00e9moins.<br \/>\n    \u2014 Et ton r\u00f4le, \u00e7a se passe bien?<br \/>\n    \u2014 Oui et non.<br \/>\n    \u2014 C&rsquo;est-\u00e0-dire&#8230;.<br \/>\n    \u2014 Sur le plan professionnel, c&rsquo;est une r\u00e9ussite. Je me sens en parfaite ad\u00e9quation avec ce personnage d&rsquo;Eva qui pousse l&rsquo;illusion jusqu&rsquo;\u00e0 la folie. Chaque soir, depuis trois semaines, je suis la ma\u00eetresse d&rsquo;Hitler, avec mon esprit, avec mon c\u0153ur, avec mes tripes. C&rsquo;est enivrant. Mais sur le plan personnel, bonjour les d\u00e9g\u00e2ts! Je ne sais pas combien de temps il me faudra pour m&rsquo;en remettre. Je suis fatigu\u00e9e. Il est temps que cela finisse. Encore deux soir\u00e9es, et puis, repos! En fin de semaine, nous organiserons une grande f\u00eate au prieur\u00e9. J&rsquo;esp\u00e8re que tes amis y seront encore.<\/p>\n<p>Marcel ne la reconnaissait plus. Son regard perdu sur le plan d&rsquo;eau, elle semblait avoir abdiqu\u00e9 tout orgueil, toute pr\u00e9tention \u00e0 dominer le monde. Son agressivit\u00e9 coutumi\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait comme dilu\u00e9e dans l&rsquo;eau de la Sorgue.<\/p>\n<p>Dans un mouvement de tendresse, Marcel lui prit la main. Danielle lui r\u00e9pondit par un sourire o\u00f9 il y avait \u00e0 la fois de la gratitude et de la tristesse. Se rendait-elle compte qu&rsquo;elle avait manqu\u00e9 quelque chose et cela peut-\u00eatre par sa faute? Mais, dans quelle mesure sommes-nous ma\u00eetres de la conduite de notre vie? Nous croyons avoir fait tout ce qu&rsquo;il fallait pour la r\u00e9ussir et voil\u00e0 que, en un lieu offert par le hasard, tel que ce partage des eaux, la b\u00e9ance de notre vie nous est brutalement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. On voudrait alors revenir en arri\u00e8re pour recommencer, corriger ce que nous avons manqu\u00e9. Trop tard! La rivi\u00e8re ne s&rsquo;arr\u00eate jamais de couler.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h6>Chapitre 18<\/h6>\n<p>Tandis qu&rsquo;ils savourent ces instants de douce qui\u00e9tude, un client assis \u00e0 une table voisine les observe. Il a termin\u00e9 son repas et d\u00e9guste son pichet de vin tout en surveillant les gens autour de lui. Un quotidien est \u00e0 demi-ouvert sur la table, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;un alibi. Il n&rsquo;y jette que de furtifs coups d&rsquo;\u0153il. Son attention est capt\u00e9e par les mille aspects de la vie qui bourdonne dans ce microcosme qu&rsquo;est une terrasse de caf\u00e9. Il est \u00e2g\u00e9 d&rsquo;une bonne cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es et il a accumul\u00e9 assez d&rsquo;exp\u00e9riences pour pouvoir observer le monde des humains d&rsquo;un \u0153il prudent et aguerri. Ainsi voit-il ce couple qui semble nager en plein bonheur.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme et la femme se regardent tendrement, interrompant de temps \u00e0 autre leur mastication pour s&rsquo;adresser l&rsquo;une ou l&rsquo;autre r\u00e9plique, mots d&rsquo;amour ou propos anodins qui, apr\u00e8s avoir atteint leur cible, s&rsquo;envoleront dans l&rsquo;air et iront rejoindre la masse innombrable des paroles, phrases ou discours que s&rsquo;\u00e9changent les hommes et les femmes. Et pourtant ce ne sont pas des paroles en l&rsquo;air. Pr\u00e9cis\u00e9ment elle vient de dire quelque chose qui semble arr\u00eater net l&rsquo;\u00e9lan de son couteau \u00e0 lui, dans l&rsquo;effort pour s\u00e9parer les os principaux de sa cuisse de poulet. Il d\u00e9pose ses couverts, la regarde, lui prend la main. Son visage s&rsquo;illumine. Par del\u00e0 la table qui les s\u00e9pare, si peu, ils sont soud\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Elle aussi s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 de manger. Elle lui sourit. Le client qui les observe se demande ce qui a bien pu se passer. Mais il n&rsquo;est pas au bout de ses surprises: voil\u00e0 maintenant que les amoureux se l\u00e8vent et s&#8217;embrassent comme s&rsquo;ils se retrouvaient apr\u00e8s une longue absence. Impossible de dire combien dure ce baiser car le temps est suspendu alors que les autres clients attabl\u00e9s \u00e0 la terrasse ne pr\u00eatent gu\u00e8re attention \u00e0 cette surprenante d\u00e9monstration. Mais l&rsquo;observateur de la sc\u00e8ne n&rsquo;en perd pas une miette. Il sort un carnet de sa poche et se met \u00e0 \u00e9crire. En un quart d&rsquo;heure, il a noirci toute une page. Les amoureux se sont rassis et continuent \u00e0 manger, mais distraitement. La femme abandonne une partie du contenu de son assiette. Qu&rsquo;ont-ils bien pu se dire, se demande l&rsquo;observateur anonyme? Assur\u00e9ment une nouvelle lourde de cons\u00e9quences. Il ne la conna\u00eetra jamais, mais qu&rsquo;importe! L&rsquo;essentiel pour lui est qu&rsquo;il ait per\u00e7u le caract\u00e8re exceptionnel de la situation et qu&rsquo;il ait pu l&rsquo;ajouter \u00e0 son r\u00e9servoir d&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n<p>Tout est normal maintenant sur la terrasse. La plupart des consommateurs n&rsquo;ont rien remarqu\u00e9, pas plus que le serveur. Une certaine torpeur a envahi la rue o\u00f9 les enfants ont cess\u00e9 de jouer. Le soleil est bien pr\u00e9sent mais il ne brille plus comme en plein \u00e9t\u00e9, ce qui donne \u00e0 la lumi\u00e8re une coloration et une douceur bienfaisantes.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre premier En cette fin de matin\u00e9e du treize f\u00e9vrier, le temps \u00e9tait si radieux que les promeneurs, parisiens ou \u00e9trangers, pouvaient sans peine s&rsquo;imaginer qu&rsquo;ils \u00e9voluaient dans le monde &hellip; <a href=\"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/le-partage-des-eaux\/le-partage-des-eaux-extraits\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">Le partage des eaux<br \/># Extraits<\/span>  <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":102,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":""},"class_list":["post-111","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/P5j3HX-1N","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/111","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=111"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/111\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":171,"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/111\/revisions\/171"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/102"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.infoline.be\/jacques\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=111"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}